Un portique chez les moufflets
Un gosse a filé un coup de couteau à une de ses profs. C’est abjecte, c’est incroyable, c’est de la pure folie. Aussitôt le gouvernement, spécialiste dans l’exercice, s’empare du fait divers et annonce son remède miracle : Des portiques de détection à l’entrée des écoles ! Whaou trop fort !
Donc selon cette logique implacable, le jour où un élève filera un coup de poing à un prof, on installera des mini-guillotines et on coupera les bras des enfants à l’entrée des écoles ? Ou on ajoutera des murailles avec barbelés et miradors, des cachots à l’intérieur des écoles, des caméras vidéo de surveillance un peu partout, des lecteur d’empreinte ADN à l’entrée ?…
Voici donc comment se fait la politique désormais : A la communication, au marketing, à l’effet d’annonce, à l’emporte-pièce. Surtout pas le temps d’essayer de comprendre pourquoi et comment on en est arrivé là et essayer de traiter le mal à la racine. Non, pas le temps, trop d’élections en vue, trop proches. Il faut du concret pour le 20H de TF1. Il faut des actions choc, qui marquent l’opinion, même si elle ne servent à absolument rien d’autre que supprimer petit à petit un peu plus de libertés individuelles à chaque fois, insidieusement, sournoisement… Qu’importe ! Le petit peuple doit s’imaginer que l’on s’occupe de lui. Ainsi il sera endormi et prêt à voter même pour ceux-là qui réduisent ses libertés !
Lundi matin j’ai viré un jeune stagiaire de 18ans qui avait commencé son stage le lundi précédent. Le jeudi était férié et le vendredi notre jeune lycéen n’avait pas envie de « bosser ». Alors à 10h il prétexte d’aller voir son « infirmière » au « bahut » et part sans notre accord et contre notre avis !! Déjà son comportement était plus que border line. MP3 vissé sur les oreilles à longueur de journée même pour s’adresser aux gens, confidences sur sa vie personnelle et ses déboires amoureux à qui veut les entendre, deux mains gauches (ou pieds ?), bref, pas bien dégourdi le garçon et nous ne sommes pas un centre d’aide sociale. Nous avons pour principe de ne pas exploiter les stagiaires et de ne pas en faire des esclaves corvéables à merci mais de leur confier des missions aussi intéressantes que possible dans le cadre de leurs études. En général cela se passe toujours plutôt bien, on est une boite « cool » et je ne suis pas un manager chiant loin de là !
Avant qu’il ne parte, j’ai essayé de lui expliquer les raisons de ma décision. Lui expliquer ce qu’il semble totalement ignorer à 18 ans : Les notions de respect de la hiérarchie, de lien de subordination, de responsabilités des uns et des autres, de courtoisie élémentaire et de respects de ses collègues, etc. Bref, des éléments de base qui lui échappent totalement. Je n’ai même pas pu terminer mon petit discours (pas du tout paternaliste ni moralisateur, encore moins condescendant) que notre énergumène se lève de sa chaise excédé et part en maugréant, visiblement sans vouloir (pouvoir ?) entendre quoi que ce soit, se posant définitivement en victime totalement incomprise…
Et je crains bien qu’il ne soit pas le seul jeune de son école a avoir ce genre de comportement et d’attitude vis-à-vis des structures de la société.
Ce n’est pas à ces jeunes en particulier qu’il faut s’attaquer même s’il faut trouver le moyen de les remettre un peu dans les rails, mais c’est surtout de chercher et de trouver les causes et l’origine de ces comportements qui ne sont pas apparus par hasard ni en quelques mois. Il faudrait un courage politique de long terme. Or nos politiques n’ont plus ce courage ni ce temps. Que va-t-il donc se passer quand toutes les valeurs auront sauté, que plus personne ne respectera plus rien, que les autorités n’existeront plus, qu’il n’y aura plus qu’un grand chaos bordélique où seule prévaudra la loi du plus fort ?
Ce ne sont pas des portillons de détection d’armes pas plus que des commissariats de police dans les écoles qui résoudront le problème de façon pérenne. La seule solution serait de chercher avec honnêteté et humilité à comprendre comment cette société a pu en arriver à ce que des enfants n’aient plus aucun sens du repect de l’adulte, de la hierarchie à ce que des enfants puissent imaginer agresser des adultes dépositaires de l’autorité, à ce que des enfants aient, ne serait-ce que l’idée même, de se rendre à leur école avec un couteau, un cutter ou n’importe quelle autre arme dans un but autre que celui de le montrer à leurs petits copains (qui n’est pas malin mais n’a pas du tout le même sens ni la même symbolique)… Comment a-t-on pu en arriver là ? Où cela va-t-il nous mener ?






